Pierre Johnson
*,
Décembre 2005
Près
de 35 membres du Pôle de Socio-Economie Solidaire
(PSES) se
sont réunis quelques jours à Toubab Dialaw,
près de Dakar, Sénégal en novembre dernier
pour partager les avancées des travaux de
plusieurs chantiers, le futur du PSES, et
pour préparer la
conférence du RIPESS (Réseau Intercontinental
de Promotion de l'Économie Sociale et Solidaire)
qui a eu lieu peu après à Dakar. Les rencontres
du PSES sont des moments précieux pour partager
des réflexions sur les questions qui sont
traitées par les différents chantiers et créer
une interaction entre ceux-ci. Les chantiers
thématiques Commerce
Equitable, Femmes
et Économie, Finance
solidaire, Responsabilité
Sociétale des Acteurs Économiques, Justice
Environnementale et Dette Écologique,
ainsi que les chantiers transversaux Vision,
Régulations
Internationales et Indicateurs
ont ainsi présenté leurs travaux. Quatre spécialistes
ont aussi présenté les thèmes : Monnaie Sociale,
Finance et Société, Territoires et Paysans,
qui ne fonctionnent pas actuellement comme
chantiers du PSES mais sont des domaines envisagés
et inclus d'une certaine façon par le Pôle.
Ces présentations ont montré que l’économie
solidaire et le PSES peuvent désormais présenter
des alternatives fortes à l'économie conventionnelle,
dont les résultats concrets sont souvent mesurables,
par exemple, en termes de performance sociale.
La question qui se pose est donc: comment
renforcer, intégrer et étendre ces alternatives?
Les réponses ne sont pas faciles et sont liées
étroitement à des aspects pratiques, aussi
bien qu'à la construction de visions et d'outils
communs.
J'ai par ailleurs fait une
présentation de notre travail sur un Agenda
Stratégique pour le XXIe siècle (veuillez
ouvrir avec Microsoft Powerpoint® ou tout
autre programme compatible). Les réactions
à la présentation ont souligné des domaines
dans lesquelles les propositions du PSES ont
encore été peu développées. D'autres chantiers,
tels que Femmes et Économie et Régulations
Internationales ont aussi mentionné des domaines
qui nécessitent des recherches et des développements
supplémentaires. Pour les Régulations Internationales,
il n'y a encore aucune position définie sur
OMC, ni sur l'Intégration Régionale par exemple.
Les positions des membres de nos réseaux sont
parfois différentes (par exemple sur le rôle
de l'État), ou même divergentes. Cela montre
que le PSES doit approfondir encore nos discussions
et nos échanges sur ces questions, et m'a
amené à montrer avec plus d'évidence dans
le texte de l'Agenda les domaines où la réflexion
a besoin d'être plus développée. Donc, cette
réunion était intéressante pour avoir une
évaluation globale du travail du PSES, de
ses avancées et de ses manques.
Les sujets qui ont produit le plus de discussions
à la rencontre étaient des chantiers ou sujets
transversaux, tels que Vision d'une Socio-Economie
Solidaire Intégrée, et la présentation sur
les Territoires. Les différents aspects du
travail du chantier Vision ont été présentés
par Marcos Arruda, du Brésil, Luis Lopzellera
et Chilo Villareal, tous deux du Mexique.
Les discussions et le travail du groupe qui
ont suivi ont montré des différences culturelles
fortes dans la perception de la socio-économie
solidaire que je résumerais par deux questions:
la Culture doit-elle être incorporée dans
la SES? Est-ce que la SES est une alternative
globale qui inclut tous les aspects de vie
humaine, ou est-ce que c'est seulement une
partie d'alternatives plus générales? Il semblait
y avoir une différence nette entre les participant(e)s
latinos-américain(e)s et francophones sur
ce sujet. Les anglophones et les participants
asiatiques ont paru moins troublés par ce
débat. Les deux présentations initiant le
chantier "Évaluation et indicateurs d'une
socio-économie solidaire" a souligné le besoin
pour tous les ateliers thématiques de participer
à son travail et de développer des indicateurs
locaux et pratiques pour toutes les pratiques
de SES.
Conclusions
Le travail du PSES avance. La rencontre de
Toubab Dialaw a montré que nous avons besoin
de plus de moments et de mécanismes pour partager
des réflexions et les résultats transversaux.
Le lancement de chantiers transversaux exige
l'attention et la participation de tous et
toutes, quelle que soit la pratique principale
dans laquelle nous sommes chacun impliqués.
Il y a encore beaucoup de travail à faire
pour mettre en commun les résultats des différents
chantiers et détailler les méthodes et concepts
qui devraient être transversaux à tous les
chantiers. Mais l’organisation massive d'ateliers
par le PSES avec des interventions et des
débats de qualité à la rencontre du RIPESS
montre que c'est là un espace tout à fait
unique pour ceux et celles qui croient qu'
« une autre économie est possible » et qui
la mettent en pratique.